Vous avez dit Dante ?

En France, l’unité politique a promu l’unité linguistique alors qu’en Italie, l’unité linguistique a contribué à l’unité politique.

Au début du XIIIe siècle, de nombreux dialectes cohabitaient en terre italienne (lombard, vénitien, ligure, toscan, sicilien, sarde…) sans qu’aucun d’entre eux ne parvienne à s’imposer comme langue écrite au côté du latin, omniprésent dans les documents administratifs, comptables, juridiques, écrits scientifiques, philosophiques, théologiques… Le retard des cours italiennes en ce domaine s’explique par le manque d’unité politique de la péninsule, et par une très forte influence de l’Église, qui s’appuyait sur le latin.

Au cours du XIVe siècle, dans une Italie morcelée en plusieurs États et fragmentée en de nombreux dialectes, trois œuvres majeures d’écrivains florentins imposèrent le toscan comme langue littéraire :

  • la Divine Comédie de Dante,
  • le Canzoniere de Pétrarque,
  • le Décaméron de Boccace.
La Divine Comédie de Dante, par Domenico di Michelino (1417-1491)

Auteur de plusieurs traités en latin, Dante Alighieri devient le premier théoricien du « vulgaire » (De vulgari eloquentia, écrit vers 1303), qu’il utilisa afin d’être compris, même par un public ignorant le latin. Il introduisit l’idée d’une langue italienne cardinale, aussi illustre que le latin et capable d’exprimer son idéal littéraire. Dante soutenait que le « vulgaire » pouvait traiter de tous les sujets, de toutes les façons, ce que démontre son oeuvre.

Quant à l’écriture de la Comedia (1307 – 1321), œuvre poétique de portée universelle, elle traduisait aussi la volonté de stabiliser le « vulgaire », pour à la fois l’anoblir et le rendre commun à l’ensemble des Italiens. Comme aucun dialecte ne lui semblait assez complet en l’état pour remplir ce rôle, Dante conserva sa langue maternelle toscane, mais l’enrichit d’apports latins, provençaux, français ou dialectaux, en intégrant au besoin des expressions réalistes et populaires.

D’autres facteurs jouèrent en faveur d’une diffusion du toscan en dehors de sa suprématie sur le plan littéraire :

  • le rayonnement de Florence, véritable puissance artistique, économique et commerciale entre les XIIIe et XVIe siècles,
  • la situation géographique de la Toscane, au centre de l’Italie,
  • au niveau linguistique, le toscan florentin demeure plus proche du latin et occupe une position médiane entre les dialectes du sud (sicilien, napolitain) et septentrionaux (lombard, vénitien). 

Même si certains mots ont changé de sens au fil du temps, l’essentiel du vocabulaire de la Comedia est resté le même ! En plus de ce lexique fondamental, Dante introduisit de nombreux mots spécialisés, allant de la philosophie à l’astronomie, en passant par la morale constituant la base de sa langue. Dante a tellement structuré et renforcé la syntaxe, la rendant capable d’arguments complexes, qu’il a permis de poser les fondations, afin qu’un jour l’italien puisse remplacer le latin en tant que langue de culture. Ainsi, Dante est considéré (même s’il n’est pas le seul) comme le père de la langue italienne.

Dante Alighieri par Cristofano Dell’Altissimo (entre 1552 et 1568)
Musée des Offices de Florence

Dante Alighieri, de son vrai nom Durante degli Allighieri (avec 2 l) est né à Florence en 1265 et mort à Ravenne le 14 septembre 1321.

Les célébrations des sept cents ans de la mort du père de la langue italienne sont en préparation pour 2021.

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